Une fois n’est pas coutume, c’est une chanson qui m’inspire. Au lieu du « Paris sera toujours Paris » ressenti les premiers jours de mon arrivée, c’est aujourd’hui Thomas Dutronc qui a volé la vedette des phrases d’accroche.

Non Paris n’a pas changé, en apparences du moins. Sinon, il a empiré : pouvoir d’achat en chute, cigarettes interdites, intolérance galopante, Sarko omniprésent. Le café est maintenant à 2€50 et, oh, comble du ridicule, c’est les soldes depuis hier ! Moi qui échappe aux crises d’angoisses en courant dans les rayons du supermarché, la tête baissée, la liste nerveusement clouée à la main, le porte-monnaie et l’esprit vides, je suis mal barrée !

Les gens n’ont pas l'air d'avoir changé, leurs histoires personnelles non plus. Le style vestimentaire « noir-gris-beige, blouse sur jupe boule, conformisme et couverture de magasine collée sur le front » semble toujours le même... Mais à la fois, quelle est la mode culturelle ? Les phrases clefs, les films cultes, Chuck Norris, la Techtonik,… Toutes ces notions qui me perdent déjà dans les dîners mondains ? Quelle a été votre vie pendant un an ?

Et oui, voyez-vous, cette question que vous me posez les yeux brillants, j’aimerais tant vous la retourner ! Mais elle est aussi difficile à répondre d’un côté que de l’autre. On ne rattrape pas le temps perdu ; pas plus qu’on ne peut vivre par procuration. Alors, pourquoi ne pas simplement l’éviter. Et si nous nous voyions seulement, comme si nous ne nous étions jamais quittés ?

Plus facile à dire qu’à faire. Le temps a passé et un écart s’est creusé dont je suis la cause. Je ne souhaite pas jouer le rôle de « star » à répondre aux questions qu’on me pose d’emblée, mais, à la fois, j’ai l’impression de ne pouvoir parler d’autre chose. Décalage, rejet de la réalité occidentale, ou simple nostalgie persistante ? Le voyage est officiellement fini, mais la page en moi n’est pas tournée.

Je ne veux pas me forcer, et ne suis pas prête à affronter Paris. La foule, la tchatche et cette culture bien particulière, sont pour le moment ma grande source d’angoisse. J’ai tellement peur de n’avoir rien à dire aux gens que j’aimais, que je préfère ne pas les voir. C’est stupide, sûrement, mais comment faire ?

Allez, ce billet ne sera pas plus long. Si je vous raconte que je m’en veux de réagir ainsi et que j’aimerais tant réussir à me bouger, ça n’aiderait pas mon état moral. Paris m’a tellement manqué ; et les parisiens aussi… Au loin, vous avez été si souvent ma boule d’oxygène, ma lumière au fond de l’incompréhension. Maintenant que je suis là, si près du but, c’est comme si un voile transparent empêchait mon retour. C’est dur à vivre. Dur de faire la sourde oreille aux rendez-vous, pour finalement me retrouver seule et morose. Dur d’être là sans y être vraiment.

Au lieu de profiter donc, je conclue. Hormis quelques proches que je laisse de façon ponctuelle me supporter, je termine mon voyage dans ma tête. Je trie mes photos, prépare le CV, et essaye de trouver la phrase de conclusion à l’expérience. Quand je l’aurais, quand je serais de nouveau parmi vous, je l’écrirais, ou plutôt le crierais !

J’espère que ça arrivera vite, comme une « envie de faire pipi » depuis le sommet de la tour Eiffel. Mais à la fois j’ai peur de ne jamais pouvoir revenir vraiment... Si quelqu'un à une idée, je vous en prie, faites-la partager !

Sinon : « Ce n’est pas du snobisme. Excusez-moi et laissez-moi un peu de temps »