Cette jeunesse est due notamment à l’histoire du pays, puisqu’on estime qu’entre 1975 et 1979, la politique du régime khmer rouge a entraîné la disparition d’au moins 10 % de la population. Il semblerait que les générations nouvelles souhaitent oublier les drames du passé en comblant les membres décédés par une nouvelle génération. Ainsi, l’indice de fertilité du Cambodge est de 4,66 enfants par femme (pour 1,9 en France).

Orphelins, enfants des rues, chefs de famille et d’entreprise « juniors », déscolarisation, pédophilie… plusieurs profils sont présents, et avec eux, une multitude de problématiques que le pays doit affronter. Selon les statistiques et les indicateurs de l'éducation du ministère de l'Éducation de la Jeunesse et des Sports (2001), 12% des jeunes enfants cambodgiens dans l'ensemble du pays, ont abandonné leurs études au niveau primaire. Le fait qu’un tiers des prostitués seraient âgés de 12 à 17 ans ensuite, indique une progression de la prostitution infantile. Cette réalité affligeante vient en partie du durcissement des règles thaïlandaises sur ce sujet. Le tourisme sexuel serait donc amené à se transférer sur son pays voisin, plus faible pour lutter contre le fléau.

Dans la société traditionnelle cambodgienne, les aînés ont toujours raison, comme dans toute société agraire, fondée sur l’expérience. Donc, lors d’une réunion, un jeune hésitera à parler avant son aîné, il n’osera pas émettre un avis différent de celui d’un ancien. Cette tradition se retrouve à l’école, où les enfants ne sont pas exercés, au contraire des jeunes occidentaux, à développer un esprit critique ou de synthèse. Ils apprennent les connaissances dictées par leurs professeurs, sans les remettre en cause ou les actualiser. On a l’impression ainsi d’une société bloquée : l’éducation est avant tout répétitive : les enfants apprennent ce qui est bien et mal, ce qui correspond à leur être de garçon et de fille, la morale traditionnelle. Tout semble prévu pour vivre en harmonie avec le monde.

Pourtant, dans le Cambodge moderne, on assiste à une mise en flottement de ces modèles traditionnels. Le fait qu’une majeure partie du corps enseignant et des intellectuels furent décimés par les khmers rouges, pose le problème de la transmission du savoir. Beaucoup d’ONG prirent le relais dans cette charge, sans avoir toujours en tête la modernité qu’elles déclenchent dans leurs méthodes d’enseignement. Par exemple, la création d’orphelinats est discutable, car c’est tenter de répondre à un besoin imaginé par les Occidentaux plus que réel chez les Khmers, qui n’abandonnent que très rarement les enfant, le donnant volontiers à un oncle qui le nourrira en échange des travaux que le jeune effectuera dans son nouveau foyer. Certains enfants enfin, ont du s’éduquer seuls, et prendre en charge leurs cadets.

Il est certain que la jeunesse extrême du pays, apparue après l’« année zéro » crée de nouveaux problèmes et modifie la culture khmer, laissant flotter une incertitude quant à l’avenir du pays. Entre traditions et modernités, cette nouvelle génération doit se frayer sa voie pour parvenir à redresser le Cambodge des horreurs qu'il a subi.