Des liens forts avec la France

Dès 1853, Ang Duong, alors souverain du Cambodge, redoutant que son royaume ne soit partagé entre le Siam et le Viêtnam, décide de faire appel à la France afin qu’elle assure la protection du pays. Un traité est signé entre les deux Etats en 1863, attribuant à la France la charge de défendre le territoire cambodgien. Engagé aux côtés de la France lors des deux guerres mondiales, le Cambodge a fait ensuite valoir son droit à l’indépendance. Celle-ci lui sera accordée le 8 novembre 1949, à la suite de nombreuses négociations. Cependant, il a fallu attendre le 9 novembre 1953 pour que celle-ci rentre dans les faits.

La colonisation française au Cambodge a donc un caractère plus doux, par le fait qu’elle fût demandée par celui-ci, et que le pays n’était pas d’une grande importance stratégique ou économique, en comparaison avec son voisin vietnamien. C’est d’ailleurs une fois que la France a évacué la zone, que le Cambodge, en plein contexte de guerre du Vietnam, est rentré dans sa phase de troubles.

Le drame historique du Cambodge

Les khmers rouges, en prenant le pouvoir en 1975 et en chassant Lon Nol (déclaré comme étant un pantin des américain), ont proclamé l’avènement du régime « année zéro ». Les révolutionnaires de Pol Pot souhaitaient en effet parvenir à l’autarcie du pays. Les frontières furent ainsi fermées, les échanges monétaires supprimés et les services postaux interrompus. A l’exception d’un vol vers Pékin toutes les deux semaines, le pays se retrouve alors totalement verrouillé. Les intellectuels et les contestataires sont exécutés et le pays est transformé en une immense coopérative agraire maoïste, sans écoles, sans hôpitaux, sans villes ni entreprises. Il s’agit d’une des plus brutes et radicales restructurations qu’une société ait jamais tentée. Tous les habitants des villes sont forcés de gagner les campagnes et, regroupés en équipes de travail mobiles, ils deviennent de véritables esclaves. Les familles sont séparées et on apprend aux enfants à dénoncer leurs parents s’ils désobéissent au régime. On estime à plus de deux millions le nombre de Cambodgiens qui ont péri pendant cette période, soit environ 10% de la population totale du pays.

Durant la même période, le gouvernement déclenche une série d’incursions au Vietnam. Finalement, au début de l’année 1979, le Vietnam envahit le Cambodge et renverse le régime de Pol Pot. Le pays, déjà sur les genoux, s’enfonce encore d’avantage dans la misère. Des centaines de milliers de Cambodgiens, poussés par la faim, fuient alors vers la Thaïlande pour y chercher refuge.

Les années 1980 marquées par l’action des ONG

Les Nations Unies refusent alors de prendre en compte l’occupation vietnamienne et la formation d’un nouveau gouvernement. Ce sont les Khmers rouges, puis une coalition formée des composantes de la lutte anti-vietnamienne qui siègent à l’ONU et ainsi, après quelques mesures d’urgence, un embargo est décrété sur le Cambodge occupé. Le pays, ne peut alors plus compter sur aucune aide que ce soit, bilatéral, bailleurs de fonds, ou encore institutions de prêts tels que la Banque Mondiale.

De plus, avant les années 1990, les ONG locales ne sont pas autorisées (mis à part la Croix Rouge cambodgienne). C’est donc les ONG occidentales qui vont prendre le relais et fournir la seule aide au Cambodge. Mais elles vont se retrouver face à un dilemme : Aider les réfugiés à la frontière Thaïlandaise ou aider les Cambodgien restés au pays ? Le choix est politique puisque, à la frontière se trouvent les bastions des khmers rouges qui ont fui le pays, tandis qu’à l’intérieur est mis en place un régime socialiste fort, dirigé par une équipe d’anciens Khmers rouges qui se sont détachés de Pol Pot pour gouverner sous influence vietnamienne et soviétique jusqu’en 1989.

Etant donné l’embargo et le refus des gouvernements occidentaux à reconnaître le nouveau gouvernement, l’aide se concentre sur la frontière, abandonnant le reste du pays dans la misère. Le Cambodge n’a pu effectivement compter que sur 27 ONG d’Australie, d’Europe et des Etats-Unis, avec environ 40 expatriés basés à Phnom Penh, apportant seulement 10 millions de dollars par an. Cette aide a pris le plus souvent la forme d’une importation de matériel pour contourner l’embargo, et combler le vide laissé par les organisations multilatérales, l’ONU, et le pouvoir politique local. Elles sont les seules à pouvoir rentrer de le pays, constituant ainsi sa seule fenêtre vers l’extérieur. Les conditions de vie, le travail colossal à accomplir, mais aussi la nature incertaine de l’aide dans un gouvernement non reconnu par la communauté internationale, ont « ouvert un nouveau chapitre de l’histoire des ONG, les obligeant à repenser et à redéfinir leur philosophie et leur approche du travail de développement » .

Les années 1990, comme déclencheur de la situation actuelle

Lorsque le Cambodge ouvre ses frontières et que la communauté internationale découvre le carnage, elle est en état de choc. Le sentiment de culpabilité de n’avoir rien vu (ou de n’avoir rien voulu voir), allié au tapage médiatique que la découverte a créé, débouchent sur une sorte de cohue humanitaire. Les ONG situées à la frontière thaïlandaise, notamment, vont suivre le flot des réfugiés, et tenter de passer d’une aide d’urgence à une aide de développement. Grand nombre de cambodgiens réfugiés en occident vont aussi augmenter cet attrait vers le Cambodge, en favorisant les investissements et les actions humanitaires cers leur pays natal.

Au sortir du double drame du pays (khmers rouges et occupation vietnamienne), le Cambodge fût directement contrôlé par les Nations-Unies, sous l’égide des Etats-Unis. Jusqu’aux élections générales de 1993, c’est l’opération de l’Apronuc qui a pris en charge le pays, le menant vers la paix, mettant en place les accords de Paris (de 1991), et contrôlant directement son administration, pour que la transition soit possible. A ce moment, de nombreux capitaux américains ont été déversés sur le pays, aidant sa reconstruction, mais le rendant en même temps dépendant de ce nouvel allié.

Le fait que les accords de paix de 1991 soient nommés « accords de Paris » montre bien la volonté de la France à aider son ancienne colonie dans la reprise d’un mode de vie et de direction prospères après les troubles qu’il a vécu. Peut-être aussi cela provient, comme le fleurissement d’ONG, d’un certain sentiment de culpabilité pour avoir « laissé faire » sans agir pendant les années 1980.

Cette période charnière, a déclaré le futur du pays, dans son élan de reconstruction, généreux, massif, mais totalement anarchique. D’autant plus que le pouvoir politique, lui, n’a pas réellement changé de mains. Le pays se retrouve donc, aujourd’hui dans un état de totale dépendance étrangère et il semble tres difficile de faire evoluer la situation.