Que de mystères dans ce Blog… Je pars, vous dis-je ; mais vous ne savez même pas où j’arrive. Dois-je vous révéler le secret ? Qui parle s’implique ; Qui annonce promet. Il m’est difficile de vous dire les destinations, d’autant qu’elles sont incertaines, d’autant que je ne sais si j’aurais à vous raconter. Le tangible concerne l’Indonésie, la visite des parents de Clémentine et l’exploration brève de Bali. C’est des vacances, du tourisme, du simple qui fera du bien. Avant, j’aurais la tête dans le Cambodge. L’arrêt de deux jours à Kuala Lumpur risque d’être un peu flou. L’Après, lui, reste clairement opaque. Taisons donc ces sujets, parlons du présent ; de cette nuit et de ce besoin d’écrire.

Que de mystères dans ce Blog… Où est passée votre Pauline ? Celle qui parle trop et trop vite ? Celle qui s’emporte et s’emballe ? Le Cambodge vous l’aurait-elle changée ? Après tout, pourquoi pas? Toujours sans panneau sur le front ni verrue sur le nez, j’ai appris, il me semble. C’est difficile à exprimer, et sûrement encore plus à cerner, et pourtant... essayons.

Revenons au concret, et faisons taire ces mystères. Derniers jours à Phnom Penh, le sac est fermé, et les obligations sont passées. J’ai dit au revoir aux enfants, bouclé ma mission, et je peux me reposer. Je n’ai pas pleuré, mais le cœur est gros. Yolande arrive à la Capitale, et, armée de sa gentillesse et sa prévenance, calme l’angoisse qui monte. Tra, de son côté, répond à mon premier appel depuis 3 jours. Je suis libre, nous pouvons commencer les adieux. Sans cela, aucune nouvelles, et de toute façon, pas d'explication à donner. Subtilité chérie, c’est ce que je retiendrais de toi, ma sœur de cœur !

Sans aborder le sujet, nous prenons notre temps. Visite en moto de la ville, rencontre avec les derniers points inconnus de sa vie, dégustation de café glacé (notre péché mignon commun), détente, discussions complices, et amitié partagée. Il n’y a pas besoin de mettre les mots, pas besoin de se dire comme on s’apprécie, ni surtout de se faire des promesses que l’on sait d’avance fausses. Il n’y a pas de vide à combler, pas de silence à polluer. Nous sommes ensemble, pour les derniers moments. Profitons !

Il y a bien des fois où on s’égare. L’esprit divague, l’oreille se ferme, les yeux se plissent et le sourire, un peu tremblant, monte aux lèvres. Elle s’arrête : « Qu’est-ce qu’il y a ? » moi : « Rien. » (pause) « Tu vas me manquer ». Elle : « Oui ». Et la conversation reprend. Est-ce cela la fameuse philosophie bouddhiste ? Est-ce cela que j’ai longtemps pris pour du simple fatalisme ? Les choses sont. Point. Ne pas désirer, ne pas lutter.

Ce départ mènera vers d’autres cieux, et peut-être vers du mieux. De toute façon, il est là. Ne gâchons donc pas le plaisir du moment en l'évoquant. Cela ne l’en rendrait que plus pénible. Il est des fois où les mots ne servent plus, où l’explication doit se taire. Etre « Happy Happy », on se le promet et on le joue. Il ne s’agit pas de nier ses émotions, mais au contraire, de les accepter, de les observer, et de continuer à profiter du soleil derrière ce voile.

Demain il n’y aura pas non plus de déchirement à l’aéroport. Ma « famille de voyage » ne suivra pas jusque là. Au final, c’est sûrement mieux. Il y a des émotions qu’il vaut mieux vivre seul, pour ne pas ternir les derniers moments en compagnie. Une longue transition remplacera. Dernière promenade en moto dans Phom Penh, et déjeuner au marché russe… Ce sont des souvenirs tellement plus révélateurs du temps passé ici qu’une séance de larmes au milieu des bagages, perdus dans le flot des voyageurs. L'émotion sera sûrement, mais ailleurs.

Je suis peinée, voir totalement boulversée de quiter Tra. Nous nous sommes trouvées dès les premiers jours, et notre complicité n'a cessé de croitre. Quand on comprend la manière locale de réagir, la digère et l’intègre, qu'on s'en enrichie, peut-être est-ce là qu’on commence à se sentir « un peu d’ici ». On se dit que le temps ne fût pas, alors, totalement perdu.

Mais, je dois l’avouer. En vous écrivant ce texte, les larmes ont couru sur mes joues ; preuve que les gens ne changeront jamais vraiment. Emotive et sensible, j’aurais au moins profité de cette page pour vider mon cœur, et dire « Je ne t’oublierais pas. Merci. ».