Le monde de Tra

Laissez-moi vous présenter cette famille pleine de charme. Tra c’est la professeur d’anglais khmer de Sre Ampil, qui m’a aidée à trouver mes marques au foyer. 23 ans, pas encore mariée (c’est bien tard !), et un cœur gros comme la pagode d’argent. Nous sommes devenues quasiment inséparables. Elle m’apprécie car je ne la regarde pas de haut, tandis que je lui suis reconnaissante de ne pas me voir comme un dollar sur pattes.

Le week-end, Tra m’ouvre la porte de sa maison et joue même les « motodop privés » pour moi. Sa maman travaille aux Etats-Unis depuis 10 ans, elle ne l’a donc pas vue depuis cette période. Leurs seuls contacts sont le téléphone et l’argent qu’elle lui envoie pour faire vivre la famille. Elle possède une petite maison de trois pièces, dans un quartier un peu pauvre de la ville, qu’elle partage avec sa sœur, son frère et ses deux cousines.

La petite sœur de 22 ans, Societa, est celle qui parle le mieux anglais. Cela est du à son occupation favorite : passer la journée à regarder des films américains sur les chaînes câblées. En fait, cette jeune fille est mariée depuis 4 ans (et oui, ça fait un coup de vieux) à un Khmer qui est parti travailler aux USA. Elle attend donc l’appel du consulat, qui lui donnera son visa pour aller le rejoindre. Son sac est déjà prêt, et ses rêves sont là bas.

Le grand frère de 25 ans, au contraire, est un clubber fini. Il ne travaille pas et dépense allégrement l’argent envoyé par maman. A ce sujet, il est en train de mettre la pagaille dans la famille car il va se marier. Récemment, la diseuse de bonne aventure a donné le 16 décembre comme date parfaite. Il reste à peine un mois à maman américaine pour trouver la somme pour la noce. Lui, ça n’a pas l’air de beaucoup le préoccuper, puisqu’il continue à écumer les boites de nuits. Dimanche prochain d’ailleurs, il m’emmène avec lui !

Les deux cousines enfin (20 et 17 ans) sont vraiment magnifiques, en tout cas suivant les critères khmers : grandes, minces, la peau pâle. Elles parlent peu l’anglais et se montrent très discrètes. Le plus rigolo à voir c’est toute la troupe de garçons qui défilent à la maison pour les voir. Prétendants assidus, ils offrent tout, prêtent leur scooter, se montrent charmants… Mais le gendre idéal n’a pas encore été repéré par leur maman, qui veille aux grains pour que ces deux beautés n’épousent pas n’importe qui !

Avec toute cette troupe, je m’initie à la culture Khmer. Cours de cuisine, dégustations de plats divers, origamis avec des billets de banque, entretient du temple des anciens, cérémonies bouddhistes à base de fruits et de riz écrasé… J’apprends les rites et traditions populaires, dans un grand respect mutuel et une complicité naissante.

Le monde de Yolande

52 ans, mère de deux enfants, conseillère d’orientation, pleine de vie et de sagesse, elle travaille pour trois mois dans les bureaux d’Agir à Phnom Penh. Mais plutôt que les longs discours, autant que vous alliez jeter un coup d’œil à son blog. Cela vous donnera une autre image du Cambodge et, en plus, il y a même un article qui parle de moi. Rendez-vous à l’adresse : http://yolande-francos.blogspot.com. Je défie n’importe qui, après l’avoir lu, de me traiter encore de Barbie !

Il s'agit donc d'une seule personne, mais qui déplace tout un monde avec elle. Non, ce n’est pas à cause de la taille de son popotin, ni de son débit de paroles, mais bien parce qu’elle est devenue ce week-end ma bouffée d’oxygène culturelle : « France ! Paris ! Maison ! ». Avec elle, je n’ai enfin plus l’air d’un extra-terrestre. Elle m’a initiée aux tailleurs du marché russe, emmenée à la piscine VIP, permis de sortir le soir et même, miracle, autorisé à boire une bière ! Nous avons aussi créé l’animation lors d'un concert en plein air. En nous voyant danser sur la musique, nos voisins ont formé un cercle autour de nous en oubliant la scène. Sof, tu aurais adoré ! Bon, Yolande joue quand même aussi la maman de substitution, en surveillant mes bobos, mon alimentation et ma consommation de cigarettes. Mais au final, ça ne me fait peut être pas de mal d’avoir d’en avoir une de temps en temps.

Après toutes ces aventures, me voilà de retour à Sre Ampil. Je reviens de ce week-end toute revigorée, pleine de projets (ça faisait longtemps) et prête à affronter le calme des lieux. Les enfants et mon « Baby Dog » m’y ont déjà fait un accueil chaleureux. Le week-end prochain, ce sera un petit tour à Ho Chi Min Ville (Vietnam), car mon visa touristique se termine (un mois déjà !) et je dois en faire un de type ONG. Pas de soucis pour ce trajet, le Vietnam est très « ami » (exploiteur) avec le Cambodge, et il n’y a pas du tout les mêmes risques qu’à la frontière Thaïlandaise.

Bon, avec tout ça, il fait entre 22 et 30 degrés tous les jours. J’avais juste envie de le dire... Comme ça… Et pour vous ? C’est vrai qu’il neige à Nice ?! Enfin, sans train ni métro, ça donne une bonne excuse pour rester à la maison, non ?!