Remettons les choses dans leur contexte. J’ai acheté mon trajet ainsi que le visa khmer par le biais de la Touristic Agency of Thaïlande. Il était constitué d’un trajet en car depuis mon hôtel vers la frontière, puis d’une voiture privée jusqu’à la capitale. Le prix n’était sans doute pas le moins cher possible, mais toujours moitié moins que les billets d’avion ou les prix que m’avaient proposés des chauffeurs de taxi indépendants. Du côté cambodgien, aucune nouvelle de l’association depuis 4 jours. Je ne sais donc pas si je suis attendue à 22h (heure prévue d’arrivée). Je donne le rendez-vous et mes coordonnées par email et me dis que si je n’ai pas de nouvelles, je prendrais une chambre au dernier moment dans une auberge. Sentant tout de même un mauvais coup, je laisse un commentaire sur le blog pour donner les détails du déplacement, et préviens par texto mes deux anges gardiens (maman et Anto) afin qu’elles restent près de leur téléphone.

Départ à 8h30, avec une heure de retard, mais, soit, le car est là et je m’installe. La personne du TAT me prend mon billet, et me donne un simple autocollant rose à la place. Ca ça ne sent pas très bon. Je prends le billet en photo, on ne sait jamais. De là, 4h de car pour me reposer, tranquillement, avant l’arrêt au bord de la frontière. Ici, on me sort du car. Je ne fais pas partie du même groupe que les autres et dois attendre mon passeur.

Je déjeune, et l’homme arrive ; les ennuis avec lui. On achète le visa au consulat, qu’il veut d’abord me faire payer. J’ai la photo qui prouve, il y va gratuitement, et me remets mon passeport dûment complété. Chargée de mes trois sacs, il me presse, car, parait-il nous sommes en retard. Je glisse mon passeport en haut du sac à main, et le suis comme je peux, chargée comme une mule, jusqu’aux postes de frontière.

Arrivée devant les douanes thaïes, je cherche le passeport. Panique. Il a disparu. Je fouille plusieurs fois, mais rien. Une main s’est glissée dans mes affaires, et les documents ont disparus. Affolée, je me rends au poste de police le plus proche, et explique par signes que je n’ai plus mon passeport. On me fait asseoir et me répond « no problem, no problem ». Si pourtant, problème ! Tremblante, je veux déjà lancer des appels, contacter mon ambassade… Mais je comprends vite pourquoi il ne fallait pas s’inquiéter. Je suis occidentale, j’ai l’argent. C’est mon seul pouvoir, mais il est immense.

Effectivement, un homme est arrivé quelque temps après au poste de police, tout souriant, en me disant qu’il avait « trouvé » mon passeport. Il me le rend très « gentiment », contre une simple somme de 3000 bath. Je n’ai que 2000 sur moi (près de 50€), les lui tend. Ca suffira. Tout ça sous les yeux de la police, qui attend en plus que je le remercie avec reconnaissance.

Ruinée, mais quand même vraiment rassurée, je passe enfin les postes de contrôle, et retrouve mon passeur. Il m’amène au bureau de son agence, et me dit que la voiture privée (si il y en avait vraiment une) est déjà partie. Je devrais dormir une nuit à l’hôtel, en attendant qu’il trouve un taxi collectif pour me conduire. Je le presse, pas question de passer la nuit ici. Devant son refus, mes derniers Yuans chinois y passent. Cela fonctionne puisque finalement il me parque dans un véhicule qui passait par là.

Le passeur paye sous mes yeux les chauffeurs de la voiture, et leur explique la destination. Tout semble s’arranger. Nous roulons ainsi deux heures, à 6 dans cette voiture. Quand mes esprits sont calmés, voici que les ennuis reprennent. Arrêtés dans une ville pour faire descendre d’autres passagers, on me prie de descendre de voiture. Mes sacs et moi sommes transvasés dans un autre véhicule.

Il s’agit en fait d’un pick-up dont l’arrière est rempli à craquer de concombres, qui fait route vers PNH. Mon gros sac à dos est ficelé sur le toit, et je suis embarquée sur la banquette arrière de l’engin. Les conducteurs de l’ancienne voiture donnent de l’argent pour mon transport, mais n’en voie pas le montant. D’ici, les anciens conducteurs s’en vont et une bonne demi-heure se passe. Des « gamins » se pressent autour du véhicule, curieux. Personne ne parle anglais, mais l’ambiance est détendue.

Ensuite, le « chef » de la bande rentre en jeux. Il ne sourie pas, contrairement aux autres, et me demande de payer pour mon transport. J’ai beau lui dire que l’argent a déjà été donné, il ne comprend pas. Je montre ma carte bleue, à PNH je lui donnerais du liquide. Il accepte et nous partons. Me voilà serrée sur une banquette arrière, avec 3 autres personnes. Deux autres sont devant, et au moins 5 sur le toit. Il fait chaud, on étouffe, et mon voisin essaye de me tripoter à chaque occasion. Je me contorsionne pour l’éviter, le repousse, mais rien n’y fait. Au final, je hurle et le frappe du coude dès qu’il s’approche.

Durant le trajet, n’ayant toujours aucune nouvelle de l’association, je vérifie les auberges de jeunesse. En tournant la page vers les informations pratiques, je découvre qu’il n’y a aucun distributeur automatique de billet au Cambodge. Panique numéro deux. Les banques seront fermées, et je n’aurais donc aucun argent liquide à l’arrivée. Je me voie déjà obligée de donner un de mes bijoux, pour payer le transport.

Soudain, une lueur d’intelligence m’arrive, et je pense aux personnes de l’association. J’essaye de téléphoner, mais je n’y parviens pas. Au final, j’appelle maman, qui, elle arrive à contacter Clara. Elle fait le relais entre nous, et, c’est bon, il y aura bien quelqu'un pour m’attendre à l’arrivée, et payer le taxi. OUF ! D’autre part, à force de m’entendre hurler contre mon voisin, le chauffeur me fait asseoir à côté de lui. Une fesse sur chaque siège, à l’avant, c’est déjà moins pire. Nous roulons ainsi au moins 4 heures. Le chauffeur fume encore plus que moi, et une certaine complicité silencieuse se met en place entre nous à ce sujet.

Au lieu des 22h annoncées, nous arrivons à PNH sur les coups de 1h du matin. Clara, attendant seule dans les rues dangereuses de la capitale, commence à bouillir. Les passagers sont déposés, et j’explique au chauffeur le point de rendez-vous fixé, où ils auront leur argent. Il me répond « oui oui » mais, je le comprendrais après, il n’en comprend pas un mot. Je reste donc dans le pick-up, et, les voyant s’arrêter dans une petite rue, je descends avec eux. Ils déchargent tranquillement leur cargaison. Je suis pressée, Clara m’attend depuis 3 heures déjà, donc je décharge avec eux, 2 sacs à la fois pour presser le pas, c’est déjà ça de pris.

Bon, la fin je fais court, nous avons eu beaucoup de mal à nous retrouver Clara et moi, et finalement le « chef » est parti avant qu’elle n’arrive, lassé d’attendre. Je ne l’ai pas payé, mais avec tous les gâteaux, boissons et cigarettes que j’ai distribués pour les faire patienter, ça faisait bien le compte.

Dans l’histoire, il n’y a eu aucun souci majeur, mis à part une grosse dépense d’argent et d’énergie. Mais en tout cas, les voyages organisés c’est fini ! Si je peux me permettre d’être tranquille, je prendrais l’avion, sinon j’achèterais chaque billet au fur et à mesure ; peut-être par train si c’est plus sûr. L’organisé n’apporte rien, sauf des échelons en plus à payer.

A bon entendeur, Salut !