Tout le monde est rassemblé, les présentations ont été faites, et chacun y est allé de son petit mot. Il en reste une, chef d’orchestre, qui profite de la confusion pour ne pas se dévoiler.

Vous, assemblée, famille, amis, saurez, j’en suis sûre, la remettre à sa place centrale.

Mais laissez-moi, je vous en prie.

Laissez-moi, quelques lignes seulement.

Laissez-moi m’immiscer dans la fête et me faire miroir d’elle.

Avant j’avais une maman. Naïve, dévouée, un peu vieux jeux… la maman idéale quoi ! A mes yeux, elle a longtemps eu 37 ans, mais en réalité, les années passaient.

Puis, POUF, l’horloge s’est arrêtée, et ma maman s’est transformée !

16 – 17 ans c’est la crise.

Adolescence, déprime, réflexions.

Plus ou moins longue, plus ou moins lourde, elle arrive.

Un grain de sable dans la machine. Il y a quelque chose qui cloche.

Mais quoi ?

Que faire ?

Les psy ? Énervants.

Les proches ? Alarmants.

C’est dur d’être pilier et de se sentir crouler.

C’est dur à encaisser ; Laisser les gravas tomber.

A 18 ans c’est le déclic.

C’est la petite majorité, celle où on se croit adulte.

On a trouvé ce qui n’allait pas ; plus ou moins.

Déjà, ça n’allait pas. On le sait et on l’assume.

C’est un grand pas !

Certains se tatouent pour marquer le coup. D’autres plaquent tout.

Peu importe. Ce qui compte c’est l’effort.

Grand nettoyage et table rase, on verra bien ce qui en ressort.

19 ans ; action !

Elle fût Madame Bovary.

Aujourd’hui, elle ne dort plus, elle agit.

Cette nouvelle vie, elle l’a rêvée, mais c’était flou.

Maintenant il faut créer ; Sans plan, Sans injonctions.

" A quel endroit placer le lit ?

Par où le salon ?

Et ce couloir, il m’amène où ? »

Tant pis, elle avance. Elle essaye, griffouille et batifole.

Un peu pétasse, un peu fofolle…

« C’est médiocre ? Et alors ? C’est MA médiocrité. Et qui es-tu, toi, pour la juger ? »

20 ans ! Enfin ! On se calme et on respire.

On arrête de brasser l’air, et on regarde les travaux effectués.

Sous la couche de poussière, les poutres ont été posées.

Elles ne sont pas toutes droites, la déco reste à faire…

Mais, dans le fond, à la fin, On a déjà vu pire !

Maintenant on peut s’asseoir, boire un café, et profiter.

Allez même, soyons fous ! Faisons la crémaillère !

L’an prochain, on fêtera peut-être tes 21 ans.

Adulte, épanouie… Ca y est, elle roule ta vie !

L’horloge est repartie, un nouveau cycle peut commencer.

Ceux qui t’aiment savent que tu es toujours toi.

Ils ne t’ont pas perdue, tu es bien là.

Seulement différente, Seulement plus toi.

Et ceux qui t’ont laissé filer ? C’est leur choix. Tant pis.

Mais je te connais maintenant.

Je te connais comme si tu m’avais faite.

Comme si, dans tes erreurs comme tes victoires, tu m’avais servie de guide.

C’est vrai. Tu ne seras jamais totalement satisfaite.

Dans quelques années, il te faudra arranger les détails, voir faire le vide.

Et reconstruire ; sûrement ; autrement.

Que nous feras-tu ensuite ? Vie d’inuit ? Vie d’assette ?

On peut s’attendre à tout.

C’est ta vie. C’est ton roman.

Nous on est là. C’est tout.

On applaudit, on pleure, on rit…

Et puis, si tu es stable, tant mieux aussi :

Elle me plait bien cette nouvelle maman !