L’histoire que je vais vous raconter se déroule dans le train international Irkoutsk - Ulaan Baatar. Avant le passage des frontières, les wagons sont chamboulés selon un rituel impressionnant de redistribution des bagages aux passagers. Le but : sortir des objets en douce de Russie, pour alimenter le black market. Si l’arrêt avant de sortir de Russie est si long, en voilà la cause. Pour l’entrée en Mongolie, c’est à peu près le même manège, sauf que les douaniers sont moins regardants.

Dans ma cabine, je suis seule avec un mongol de 20 ans, parlant russe, sympa et très calme ; Sauf aux frontières. A ce moment là, deux mongols, une femme et un homme, sont assis avec nous, comme par enchantement, et nous héritons sous nos sièges d’une batterie de voiture et de romans de Tolstoï. Je ne cherche pas trop à comprendre, et les accueille sans problème. Jusqu’à ce que, pour tuer le temps, je me demande si des gens pensent à moi.

A la recherche de mon téléphone portable, je fouille mes sacs. Pas de trace. Je les refouille, plus stressée, toujours rien. Je ne regarde pas mes compagnons de cabine, pensant que j’ai encore mal rangé mes affaires. Entre eux ils discutent. Mon colocataire me demande ce qu’il se passe, je lui dis que je cherche mon portable et remets mon nez dans mes sacs. La femme s’énerve alors et me prends à partie. En russe, je lui dis que je n’accuse personne ; pas encore. Son ton monte. Furieuse, elle abandonne le russe et m’insulte en mongol. J’essaye de la calmer, puis, énervée, lui réponds en français sur le même ton. J’essaye de faire appeler mon téléphone, qui est mystérieusement éteint, puis me remets à fouiller.

Au bout d’un certain temps, le téléphone réapparaît mystérieusement dans un sac de devant, que j’avais fouillé déjà 20 fois. Rassurée, l’histoire aurait pu s’arrêter là. Sauf que la femme, à la vue de mon téléphone, devient furie et a hausse encore d’un ton. Quand elle a essaye ensuite de me cracher dessus, j'ai simplement levé le pied, et par un coups dans le ventre, l’ai éjectée de la cabine. Là les femmes du train, alertées par le bruit, m’ont aidées à la mettre dehors.

Les autres passagers m’ont expliqué qu’elle avait bu, et que les mongols deviennent vite agressifs, dans ces moments là. Je suis mise en garde. A l’arrêt suivant, elle m’attendait en dehors du train, toquant à mon carreau, pour finir la bagarre. J’avais autre chose à faire, et suis restée sagement à l’intérieur.

Dans la même journée, un autre passager du train s’est fait voler son lecteur mp3, probablement par les mêmes compères. A la réflexion, je pense bien que mon téléphone ne m’a été rendu qu’en voyant que la situation tournait vinaigre. J’ai eu de la chance, ça sert d’avertissement.

Arrivée à Ulaan Baatar, l’impression a été confirmée. Un panneau sur la porte de l’auberge recommande aux voyageurs de ne pas sortir après minuit, car les rues sont dangereuses. De même, en se promenant à l’intérieur du marché noir, on peut voir le manège des pickpockets. Rien ne dépassait de nos vêtements, mais tout est prétexte à bousculades, pour fouiller les poches et ouvrir les sacs des voyageurs, sans aucune discrétion.

Voilà donc mon conseil pour ceux qui se rendent prochainement dans la ville : Attention. La Mongolie est un pays très pauvre, au carrefour de la Russie et de la Chine, qui voit arriver les touristes par milliers. Cela a tendance à pourrir la relation aux étrangers. Entre quêtes forcées, vols et agressions, ce n’est pas un endroit où l’on se sent le plus en paix. Enfin, comme on fait tous (même moi !) au moins une tête de plus qu’eux, la peur reste relative !