Moscou est-elle une belle ville ?

Les jolies églises font face aux barres d’immeubles staliniens. Joli n’est pas le mot. Intéressant, diversifié, hors du commun conviendraient mieux. Toutes en couleurs, les maisons une à une peuvent être charmantes, mais l’ensemble donne une impression d’anarchie totale. C’est un voyage perpétuel dans trois ages (Tsarisme, communisme, capitalisme). Moscou est verte aussi ; avec ses nombreux parcs, et ses forêts dès qu’on arrive en banlieue. Elle est bleue grâce à la Mosckva qui la traverse, ses étangs qui la ponctuent. Mais Moscou est marron. Ternie de poussière, en travaux incessants, et avec un ciel continental trop clair qui rend la vision terne et l’humeur lascive. Ce n’est pas une « belle ville ». Mais, derrière un porche délabré, au coin d’une rue, ou aux alentours de banlieues- dortoirs, on trouve souvent de jolies surprises qui nous font l'apprecier.

Moscou est-elle l’image de la Russie ?

C’est indéniablement une vieille ville, depuis qu'Ivan III la libéra du contrôle mongol en 1480, et la fit capitale. On peut l’opposer à Saint Petersbourg, Européenne, construite à partir de rien, par des architectes de la renaissance italiens et flamands. Moscou possède l’âme russe. Pourtant, les russes lui préfèrent sa petite sœur, vitrine du pays. Ici on est dans la cité du pouvoir, économique, politique, et cela se sent. Ce n’est pas le lieu des intellectuels, encore moins des romantiques. C’est le cœur du pays, mais il est difficile de réduire 11 fuseaux horaires en une capitale. Le climat est rude, mais ce n’est pas la Sibérie. Les filles sont blondes, grandes minces, et n’ont pas les yeux bridés, ni encore le teint mate du Caucase. La Russie est une fédération de plusieurs régions très différenciées, de plusieurs peuples aussi. Moscou en est le centre, mais sûrement pas l’unique représentation.

Moscou est-elle une ville joyeuse ?

Les boite de nuit, bars, casinos… font face aux théâtres, musées, et autres lieux de culture. Pour sortir, s’amuser, s’instruire, le nombre de possibilités est illimité. Pour s’y retrouver, il y a internet, ou « Afficha », le magasine des sorties. Flâner dans un parc au soleil, une glace à la main, rend aussi l’humeur joyeuse ; en été. Mais, en hivers ? Quand tout est cher, quand la population est scindée en deux, comment se distraire ? A moins d’être du bon côté de la barrière, cinéma, restaurants,… et autres sorties sont inaccessibles. L’hivers, c’est télé, soirées entre amis, voir un tour dans la datcha, et la vodka pour se réchauffer. Ce n’est pas toujours du plus joyeux, du plus spirituel, quand les délices d’une ville sont réservés à son élite.

Et les moscovites ?

La pire épreuve quand on arrive en Russie : le métro. Les grandes portes de verre qu’on nous renvoie à la figure, les caissières agressives, la foule irrespectueuse… Tout y est pour cerner l’impolitesse moscovite. Les gens sont rudes, ne comprennent pas qu’on puisse ne pas parler leur langue, ne vont jamais bien mais « normalement »… Pas de sourires de courtoisie, ni de douceur de façade. Ca en rebute beaucoup. Ma parade : le rire. Pas le sourire, non, il ne sert à rien ici, mais le vrai éclat de rire, franc. Si la personne est un minimum humaine, je rie de moi. Si elle est vraiment irrécupérable, je rie d’elle. Ca détend l’atmosphère, et elle aussi par la même occasion. Le pire est que derrière cette rudesse, beaucoup sont adorables, accueillants, chaleureux. Offrir une gorgée de vodka, voir un tour dans la datcha, à un inconnu rencontré dans un parc n’est pas chose étrange. En fait, si on gratte et qu’on oublie nos manières occidentales, on peut même se surprendre à les aimer …