La première chose qui vient en tête quand on évoque la Russie est le trio gagnant « caviar – blini – vodka ». Au risque de vous décevoir pourtant, je n’y ai touché que ponctuellement. Le caviar, d’abord, même sous le nom « Ikra », reste très cher. Le plus connu en France, est le noir (esturgeon) à grains très fins. Pourtant, le meilleur et le plus réputé ici est le rouge. Plus les grains sont gros, meilleur il est. Les blinis ensuite, ne sont rien de plus que des crêpes sucrées avec garniture (sucrée ou salée), et je préfère la version bretonne. Dans le commerce, on trouve plus facilement des « blinchikis », modèle réduit, fourrés à la viande, au fromage… Ce n’est pas mauvais, mais on s’en lasse vite. Quand à la Vodka, idéale pour prendre une cuite rapide (40°) et économique (3 euros la bouteille d’un litre), n’est pas (au contraire du Whisky par exemple) un alcool qu’on peut qualifier de « bon » (Surtout bu cul sec, et glacé). Pour un occidental, il vaut mieux aussi s’en méfier, exactement pour les raisons citées précédemment.

Après avoir cassé ce mythe, je m’en vais vous décevoir encore. En changeant de gamme, au supermarché, le choix reste limité. Si on « se prive » de Vodka, il reste la bière (Piva). La baltika est amusante car elle est numérotée en fonction du degré d’alcool. La 3 est celle qui ressemble le plus à de la bière, avec 4,7°. Si on arrive à la 9, noire et à plus de 10°, on en revient au dilemme russe « boire vite avant d’être saoul ». Pour ne pas être taxée d’alcoolique, parlons aussi des softs. Entre Kvass et jus d’airelles, mon cœur balance. Le premier est une boisson obtenue à base de pain noir fermenté. C’est original, gazeux et rafraîchissant. On n’est pas obligé d’aimer, mais il faut avoir essayé au moins une fois. Le jus d’airelles, plus ou moins épais, est très sucré, mais pas mauvais. J’ai testé d’autres boissons, telles que le « Taroun », à base de plantes, dont le goût oscille entre le caramel et le sirop contre la toux, mais j’avoue ne pas avoir été séduite. Quant à l’eau, il est impossible de boire celle du robinet. Pour ne pas avoir le privilège de visiter les hôpitaux russes, il faut penser à l’acheter en bouteille. C’est difficile pour moi de prendre ce pli, mais il faudra bien s’y faire, car ça ne risque pas de s’arranger.

On peut aussi bouillir l’eau, et goûter le « fameux thé russe ». Je rie. Le thé est chinois ou indien ; au mieux mongol ; au pire c’est du Lipton. Le thé est réputé en Russie, non pas par ce qu’il y est produit, mais à cause de la route de la soie. Il a traversé le pays durant plusieurs siècles, depuis les Indes vers l’Europe, et est devenu coutume locale. Ce qui est en revanche original, c’est les tisanes. Avec des morceaux de fleurs, de fruits rouges… c’est délicieux et bien plus goûtu que celles que nous connaissons. Le café ici, il mieux vaux l’oublier tellement il est cher et sans saveur. Je termine d’ailleurs ma dernière tasse de café soluble « From France » en écrivant cet article… dur !

Passons aux viandes maintenant, et aux plats populaires. Les « Kotellettes » d’abord, malgré leur nom aguicheur, se révèlent être de simples boulettes de viande hachée. Problème numéro un : De quelle viande s’agit-il ? Problème numéro deux : Où est le goût ? Même tracas avec les pilminis (gros raviolis) : Certains peuvent être délicieux parait-il (notamment ceux aux cerises noires), mais les modèles « économiques » ne m’ont pas enchantés. J’ai appris à les cuisiner (en les faisant griller à la poêle, une fois cuits à l’eau bouillante, pour leur donner plus de consistance), mais j’en suis vite lassée. Les cordons-bleus que j’ai testés sont quant à eux totalement infects. Malchance ? Peut-être. En tout cas, je ne renouvellerais pas l’expérience. Au final, les produits industriels russes (bons marchés, au contraire des produits importés), sont en général sans grande saveur. Pour la viande surtout, il vaut mieux avoir la patience de la cuisiner fraîche. J’ai testé le porc et le poulet, et c’est pas mal. Chose amusante, moins la viande est grasse, moins elle est chère. C’est sûrement la rudesse du climat qui veut cela, mais c’est agréable de s’offrir une pièce de choix que les autochtones boudent.

Arrivés ici, vous pensez peut-être : « autant aller à Londres si la nourriture ici est si peu attrayante ! » Et pourtant, les russes savent se rattraper. Etrangement, c’est le sucré leur point fort, et le moins connu qui m’a le plus plu. Leur fromage blanc très épais, le « Cyr », qu’ils mettent dans tous les plats salés jusqu’à nous en dégoûter, devient excellant une fois sucré (prendre celui à 25%) ! Ca fait très nourriture de bébé, mais j’y suis tombée accro. Mes préférés sont les natures mais il en existe au chocolat, à la fraise… à tartiner sur du pain pour le petit déjeuner. Pour moins d’un euro, on peut aussi acheter des confiseries (constituées de génoise, cyr, confiture, chocolat...), en produits frais, qui font d’excellents coupe-faims. Les desserts russes ne m’inspiraient pas confiance dans la vitrine, tant ils avaient l’air crémeux et épais. En fait, ils sont constitués de mousse de fruits frais, délicieux ! Le chocolat enfin, est réputé en Russie et ne déçoit pas les amateurs. J’ai vu certain(e)s en engouffrer des plaquettes entières. Je ne marche pas à cette drogue, mais j’avoue avoir été assez séduite… Un peu trop sucré peut-être ? Comme les bonbons qui en sont dérivés… Mais après tout, chacun ses goûts.

Les fruits et légumes pour finir, sont excellents, surtout quand ils viennent directement de la datcha. Les « babouchkas » qui vendent leurs produits dans la rue, sont un plaisir visuel autant que gustatif. Il y a aussi les « cages » de pastèques, venues d’Asie Centrale, qui vous marqueront forcément, et vous donneront envie d’en libérer les fruits. Foncez ! Elles sont délicieuses. En revanche, méfiez-vous du vocabulaire, quand vous voyez le mot « Salade » affiché sur une carte. N’imaginez pas une salade verte, agrémentée de mais, olives, tomates… mais plus une sorte de macédoine à la viande, pommes de terres, et surtout mayonnaise. Elles sont délicieuses, ce n’est pas le problème, mais il vaut mieux être prévenu.

Sur ce, bon appétit !