Vendredi, j’ai déménagé, quittant mes deux starlettes hongroises (au lit à 10h, changeant de vernis chaque jour et n’aimant rien de plus que courir les centres commerciaux toute la journée), pour m’installer avec Camille, une nana française très sympa qui reste encore deux semaines ici. On a acheté des feuilles de papier et de la gouache pour décorer nous-même notre chambre, et on installe notre petit nid. Pour la cuisine, les achats usuels, autant que le rythme de vie, ce sera bien plus simple à gérer. J’ai maintenant quelqu'un avec qui papoter pendant mes insomnies, plus besoin de penser en anglais dès le réveil, avant le café… enfin, toutes ces petites choses qui font qu’on se sent à l’aise.

L’institut en revanche se vide. Beaucoup n’étaient là que pour un mois, en juillet. Certaines personnes vont me manquer, mais je passe désormais dans le clan des « anciennes » et j’espère que je pourrais, plus calmement, faire des rencontres moins superficielles. Les polonais aussi partent. Désolée pour eux mais j’en suis heureuse. Ils sont drôles deux jours, venus à 40, ivres du matin au soir, deux de QI, cherchant une fille pour la nuit, en déblatérant des énormités sur les nationalités (sujet favori de l’endroit, où chacun se sent « représentant » de son pays). Les nouveaux venus ne devraient pas tarder. Je me berce peut-être d’illusions en les espérant plus évolués que les anciens, mais en tout cas, cela fera un souffle nouveau.

Bonne nouvelle, je commence à moins me fatiguer en russe. Loin de pouvoir m’exprimer ou tenir des débats, je les comprends déjà mieux. Mon oreille se fait doucement, et mon vocabulaire s’élargit. Une réflexion pourtant me frustre, c’est l’influence du langage sur le caractère. Grande gueule en français, je me découvre douce, timide, sans avis, dans cette langue que je ne maîtrise pas. En anglais c’est différent, car il parait si facile en comparaison que j’en use et abuse avec une aisance croissante. Cela apprend l’humilité, et le pousse à vouloir progresser.

La peinture m’attend, mes fiches de russe aussi. La vie moscovite reprend ses droits et je ne peux aller plus loin dans ce bilan. J’espère qu’il vous aura donné un bon aperçu de ce que je vie ici. Si cela ne suffit pas (comme je l’espère), vous pouvez aussi visiter la galerie de photos sur l’institut, ou poser vos questions en commentaires.