Au niveau des démarches, de l’administration, des contrats de mission… etc. C’est quasiment prêt. Il reste des choses qui traînent, des frayeurs par-ci par-là, mais le principal est réglé. Plus trop de doute, je pars ! Au niveau de la préparation physique et mentale, par contre, je ne sais pas trop. Il est temps de faire le bilan.

Ce n’est pas faute de m’être entraînée pourtant ! Et cela depuis plus de 22 ans !

Maman, lis-moi bien attentivement, ce message est pour toi :

Non je ne suis pas bordélique, et si je ne range pas ma chambre, ni ne fais ma vaisselle, c’est seulement pour m’habituer à vivre au milieu des cafards ! Je ne suis pas non plus une mauvaise maîtresse, si Vénus est moitié sauvage, c’est pour savoir survivre une fois perdue en pleine jungle. Que dire aussi sur mes découverts fréquents, mes petits copains « spéciaux », mes retours alcoolisés à la maison, si ce n’est qu’ils sont un apprentissage régulier à la dureté de la vie en vadrouille ?

Pareil, tu m'as longtemps crû insomniaque, mais pas du tout ! Je me préparais seulement au décalade horraire, puisque 4 heures du matin au Cambodge, c'est seulement 23 heures en France. Puis ce n'est pas pour rien si je vis depuis 6 mois sans télévision, sans internet, voir parfois sans eau chaude. Les romans, j'ai appris à les aimer, pour m'occuper, voir même à les lire à la lueur de la lune, en cas de panne d'électricité. Dormir avec 3 pulls, si EDG et GDF se sont passés le mot, et que la panne est générale, c'est pas bien compliqué non plus.

Je me suis aussi beaucoup exercée, en France, à négocier avec les cheminots (pour remboursement après ratage du 14° train consécutif) et la police (pour libération après destruction du bien public). Les cellules de dégrisement, la vie à 3 (qui prend le plus de place, papa ou le chat ?) dans 30m², les squats divers, m’ont appris à vivre en communauté, serrés, en supportant les odeurs et les cris, parce qu’on n'a pas le choix. Les nouilles chinoises matin, midi et soir, comme les « carêmes improvisés » (ma culture m’interdisant le ramadan), on y survie très bien, et c’est bon pour la ligne ! Les supéfiants en tout genre, ça habitue l’organisme à la nourriture avariée, et de source inconnue. Le whisky sur les blessures d’ailleurs, c’est même vous qui me l’avez appris !

Bon, il me reste quelques exercices à faire, comme à tester ma couverture de survie, la nuit dans la rue, sous la pluie ; ou encore mes chaussures de marche sur le trajet Paris-Tours, avec des cailloux dans le sac. Mais dans le fond, les initiations au voyage ont été faites, et je ne voie pas bien ce qu’il pourrait m’arriver de pire, une fois à l’étranger !

Mais enfin maman, il faut le leur dire. Toi tu le sais bien que tout ça c’est pour rire, que je suis un ange et n’ai jamais fait la moitié de ce que j’ai écris ici. Tu sais bien que c’est pour dédramatiser et te rassurer. Alors, on se détend, mon cache-nez est dans mon sac, et ma tête toujours accrochée à mes épaules. Je ferais attention, et au final, c’est quand même l’expérience qui forme la jeunesse !